IMAGES ALEATOIRES

SAINTE BIBINE

Le garçon de café évolue dans un espace ouvert au public: le café. Il est, de part sa raison d'être, la personne qui fréquente le plus ce lieu, non pas d'aisances, mais aisé à trouver dans le sens où on trouve au moins un café dans presque chaque rue de la capitale. Quant au lieu d'aisance, il est à l'intérieur du café. Parfois, le garçon de café s'y rend.

ET POURQUOI ?

Sainte Bibine, patronne des loufiats, pardonnez-nous nos péchés, priez et buvez pour nous !

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Monsieur Paul

Mardi 2 janvier 2007 2 02 /01 /2007 19:26

LA SUÉE ou la lettre à Olga

           « Sus à la sueur ! Sus à la peur ! En avant, mes amis ! ».

                                               Paroles prononcées par le capitaine Bertrand, le 2 février 1944, à Monte Cassino, avant d’être touché par une balle en plein front. 

 

            Depuis que la guerre est finie et en attendant la retraite, vers une heure de l’après-midi, le printemps venu, les homo sapiens parisiens ont pour coutumes, de sortir de leurs modernes grottes pour aller s’entasser sur une terrasse bondée. D’atroces personnages officiant avec de grand plateaux en forme d’hosties couleur caca apportent aux bipèdes bronzés, exultant de préjugés et gonflés de conformisme, des victuailles éventées et des boissons impérialistes qui font jaillir des émissions bruyantes de gaz stomacaux par les bouches qui ont précédemment émis une flopée de propos fleurant le vomis sur leurs collègues d’étables.

             Mon sens de l’observation affinée au fil du temps et doublée d’une paire d’oreilles adéquates me permet d’affirmer que la première conversation que tiennent les gens que je sers est le ragot. J’ose croire, pour garder un peu d’espoir en l’espèce humaine que c’est une seconde nature, et non pas leur essence même, de calomnier, de diffamer, de dénigrer, de jalouser, d’écraser, de se moquer de personnes qu’ils saluent quotidiennement avec un sourire éclatant de méchanceté, une bise baveuse ou une poignée de main hypocrite. Ils devraient les tuer une fois pour toute, les gens qu’ils n’aiment pas, mais la lâcheté les en empêche. La peur et le qu’en dira t-on les dévorent. L’assassinat, malheureusement, n’a jamais été un phénomène de mode comme la trottinette ou la minijupe. 

            A l’instar de la journée précédente, sans parler d’autres milliers de fois, j’arpentais la terrasse du café avec un plateau ébréché à la main, mon corps svelte revêtu d’une chemise anciennement blanche, d’un pantalon noir et d’un gilet de la même couleur cachant tant bien que mal la saleté accumulée au cours des semaines précédentes. Le garçon de café parisien évoque étrangement un pingouin échoué sur une banquise de béton.

            Il faisait chaud. Je suais à grosses gouttes. Mon slip était trempé. Les pigeons répandaient leurs fientes avec une désinvolture révoltante. Les clients se souciaient de leur apparence et de leur position face au soleil éclairant la couche de pollution dans laquelle nous respirions tous un air pourri relevant une note poivrée de lavande ammoniacale que la mairie avait crû bon de distiller dans de discrets aérosols installés à de milliers d’exemplaires dans toute la capitale pour masquer l’odeur de la merde. Encore une chance que la putréfaction des esprits soit inodore et sans danger pour la santé publique ! Sinon, imaginez…L’horreur ! Les émanations pestilentielles qui s’en dégageraient rempliraient l’atmosphère de la ville. Les premières victimes, enfants et vieillards confondus, succomberaient à même le sol et formeraient un lit  de corps recroquevillés sur la chaussée. Dans les premiers jours, la mairie débordée par l’hécatombe utiliserait des chasse-neige pour déblayer les rues encombrées. Les déblais de cadavres formés le long des trottoirs obstrueraient les entrées des immeubles. « Mais que fait le syndic ! » S’écrieraient quelques propriétaires en colère, entourés de morts en décomposition. Confinées dans leurs loges, les concierges portugaises mourriraient alors à leur tour, incapable de balayer et même de sortir de chez elle. De nouvelles maladies apparaîtraient dont la dangerosité renverrait le sida à côté de la rougeole et de la scarlatine infantile. En moins d’une semaine toutes les espèces humaines auraient disparus de la planète. On peut supposer que quelques rats et une poignée de cafards survivraient des miasmes jaillis de la pensée humaine. La mise à nue de cette dernière aurait eu raison de l’homme. L’ennemi, le danger n’étaient pas la bombe atomique ou un de ses avatars, non, nous le savions tous. La seule fois où l’homme fût sincère, la vérité le foudroya. Et puis quelques millions d’années plus tard, tout recommencerait. De la copulation d’un rat dégénéré et d’un cafard mutant naîtrait un homme qui délimiterait rapidement son territoire, la frontière du bien et du mal et le futur emplacement de sa télévision.     

             Le téléphone portable à proximité du cerveau - gonflé de rien, le vide à portée de main - et la mèche rebelle, unique désobéissance contre l’ordre de leur ondulation capillaire et contre l’autorité tout court, mes clients attendaient. Les poches gastriques s’agitaient, les mains fébriles se levaient pour m’interpeller, moi ou un de mes camarades submergés par la demande. Les avocats, les directeurs de ressource humaine, les secrétaires et tous les autres employés de brillantes entreprises françaises aux tentacules planétaires, qui formaient le gros de notre clientèle, aspiraient à être servis dans le plus bref délai avant de retourner dans leurs étables climatisés consulter des dossiers ou des photos de cul sur Internet. Voire les deux.

            Du revers de la manche de ma chemise dégueulasse, je tentais désespérément de colmater les pores de ma peau grasse à travers laquelle suintait, avec une régularité imbécile qui me faisait rager, une sueur aigre dont l’odeur se mêlait à l’eau de Cologne de chez Lidl que je ne manquais pas de m’asperger chaque matin. Par une étrange alchimie, ce savant mélange, transpiration-eau de toilette de chez Lidl, produisait non pas du mazout mais du parfum. Je sentais bon, du moins le pensais-je. C’est alors que je m’aperçus que vous me regardâtes. Ma souffrance de virevoltante devint intense, lourde. Soudain, j’eus du mal à avancer. Je me plus à m’imaginer blotti contre votre corps pendant que vous essuyâtes avec une lingette de bébé le résultat de la fièvre intense que j’expiais, moi, pauvre victime innocente de ce monde cruel. Ah, maman ! Les gouttes de transpiration qui jaillissaient de mon front en s’éparpillant dans mes sourcils broussailleux reprenaient leurs descentes folles au niveau de mes yeux – non, je ne pleurais pas - jusqu’à mes joues et terminaient leurs chutes au niveau du sol ou des fois dans les assiettes des clients quand je les déposais sur la table. Je ressemblais de plus en plus à une cascade d’eau salée, à une douche absurde construite par un plombier anonyme.     J’avais pris conscience de votre présence insolite sur cette terrasse. Je souffrais avec joie, comme un bon chrétien. Vous me parûtes comme une île paradisiaque au milieu d’un océan boueux dépourvu de poissons mais pas de têtards tentant de survivre dans la vase. Dans le bleu délavé de vos yeux je lus le ressac des vagues qui furent témoin de ma naissance à l’hôpital du docteur Mamadou Bissa à Châteauroux. Quoi ? Qu’est-ce qu’elle dit la dame ? À Châteauroux, la mer s’est retiré à l’ère quaternaire il y a moins de trois millions d’années ? Et alors ? Qu’est-ce que vous voulez que ça me foute ? Ma tentative poétique, pour varier de la veine odoriférante, scatologique ne fait de mal à personne. J’ai besoin d’une seule spectatrice de ma propre bêtise mise à nu. Au pire, je vous ennuie, au mieux je vous fais rire. Et plus, si affinités. D’abord, je ne suis pas né à Chartres et encore moins à Châteauroux.

            Où en étais-je ? Ah oui, je suais. Pour contrebalancer la posture grotesque dans laquelle je me trouvais face à vous, tel un bossu la colonne vertébrale déformée à force de porter quotidiennement à bout de bras un plateau chargé de plats merdiques, je bombais le torse, au risque de péter les derniers boutons délavés de mon gilet crasseux, et m’avançait vers vous pour que les effluves de mon odeur corporelle atteignent de plein fouet vos illustres narines. Vous aviez le nez  plongé dans la salade et l’ignoble vinaigrette préparée par l’arabe en cuisine expliquait peut-être votre absence de réaction olfactive alors que je me trouvais à moins d’un mètre de vous. Je décidais de vous parler pour pallier au charme défectueux de mon musc qui n’avait, je dois le dire, jamais agi positivement sur qui que ce soit. A part, la semaine précédente, sur un chien errant qui tenta, à maints reprises, pendant le service, d’immobiliser ma jambe droite, pour je ne sais quel sale besogne. Devais-je vous avouer que vous étiez en train de vous intoxiquer à bouffer la salade que mon idiot de patron avait appelé la gastroendivetomate aux lardons   recomposés ?  Au risque de ne plus vous revoir ? Non. Je savais ce que mon cœur me disait de faire mais je connaissais également ce que ma raison m’imposait (je me demande qui a dit ça avant moi). Je me tus, en espérant que vous ne soyez pas trop malade et parée pour un séjour prolongé aux lieux d’aisances. Terrorisé à l’idée qu’un embarras gastrique, sans parler d’une aggravation foudroyante qui vous conduirait peut-être aux portes de la mort, s’accapare de votre corps qui n’était pas encore le mien - mais qui peut savoir ? - je vous proposais exceptionnellement un Coca-cola pour agir comme détergent préventif sur les amibes qui risquaient de concurrencer l’intérêt que je vous portais.

            Bien que revêtu d’un accoutrement ridicule, je n’étais pas un microbe unicellulaire, moi, une sous-classe de rhizopode, pas un protozoaire non, mais un homme ! Dans l’infini de ma complexité multicellulaire qui se prolongerait dans les vers de mon cadavre et dans la poussière des étoiles, une fois cette maudite planète pulvérisée, je creusais dans la masse nerveuse de mon crâne pour en faire sortir non pas une vésicule mais quelque chose d’intelligible à dire. Diable ! Je n’allais tout de même pas enfreindre le décorum et renverser le guéridon sur lequel reposaient votre coude et votre salade étiolée pour me jeter sur vos formes plantureuses. Non, loin de moi cette idée. Je retenais mon tempérament fougueux au risque de vous déplaire. Sous votre air endormi se cachait peut-être un désir effréné de mêler notre sueur printanière à l’instant même. Et ce surplus d’odeur, puant pour le commun des mortels, se terminerait dans un sommeil cataleptique après que ma petite mort survienne en vous pour votre plus grand plaisir. Enfin, tout dépend de la longueur de l’agonie.

-         Non, merci.

            Vous ne vouliez pas d’un Coca-cola. Mes glandes sudoripares oeuvrèrent dans votre plat quand je me penchai au dessus de votre table pour débarrasser vos restes. Vous aviez recueilli avec un bout de pain jusqu’à la dernière goutte de l’horrible vinaigrette préparé par l’arabe en cuisine. J’ai toujours pensé qu’il valait mieux mourir de cholestérol que de faim. Alliez-vous saucer les gouttes de transpiration qui s’écoulaient maintenant de mon front dans votre assiette vide ? Non. Notre absence d’intimité et votre éducation ne vous le permettaient pas.

            Vos yeux clairs quelque chose, bleu je crois, fixèrent les miens recouverts de buée. Je baissais le visage devant la force de votre regard et pour vous éviter le spectacle de ma face dégoulinante. Je vous vis alors sortir de votre sac une feuille blanche et la tendre en dessous de ma tête pour recueillir ma sueur et mes tristes pensées. J’ignorais l’appel de plusieurs clients qui gesticulaient, le fondement agité par l’envie d’expulser ou d’être colmaté. Désespérés d’attendre, deux tables se levèrent et partirent sans être servis. En temps normal, des clients mécontents et pire, qui partent sans consommer, m’aurait privé d’une nuit de sommeil. Mais nous n’étions pas dans la « normalité », n’est-ce pas ? J’entrais dans une ère nouvelle, une forme de chevalerie remise au goût du jour. Merde à tous les autres ! M’écriais-je, en pensée. Rester à votre service exclusif devint spontanément mon adage. Votre fidèle serviteur attendait vos ordres en restant immobile devant vous. Quand la feuille fût trempée, vous me commandâtes une grande théière d’eau chaude. Je courus au comptoir vous l’apporter. Vous mîtes la feuille imbibée dedans. La dernière phrase que je vous entendis prononcer fût :

-         Et maintenant, je vais vous boire. 

            Je sentis alors toute l’eau se retirer de mon corps et la sensation de sécheresse devint si intense qu’elle me consuma sur place. Je quittais ce monde sans même pousser un cri d’horreur ou de soulagement.

            Bien entendu, je ne pus terminer mon service. Que se passa t-il après ? Mystère. Les services de la voirie enlevèrent-ils mes os flottant dans mes derniers habits terrestres faisant office de suaire ? Une enquête de police fût-elle ouverte ? Un collègue de travail croyant ramassé le rendu d’un client à l’estomac dérangé par le plat du jour, du ragoût de mouton, jeta t-il mes restes à la poubelle ? Sur l’emplacement de ma disparition, une chapelle fût-elle élevé à la gloire de… De quoi, déjà ?   

             Flottant dans l’intemporalité, sans avoir même amorcé un début de conversation humaine avec vous, les questions continuent à affluer dans mon esprit. Bon, durant mon existence terrestre, j’ai volé quelques patrons mais rien à voir, avec Prométhée ! J’ai pas chouravé le feu à Dieu, que je sache. D’abord, j’y crois pas à ce con. Et si à l’autre, un aigle lui bouffait le foie, ma torture à moi n’en est pas moindre : je n’ai plus de corps mais toujours cette saloperie de conscience pour me hanter.

 

            Des fois, dans le silence désespérant de votre absence, je crie « Eumemeur ! Eumemeur ! » mais je ne meurs pas. C’est pathétique. Tel un moderne Sisyphe, je gratte désespérément la poussière des étoiles mortes à la recherche d’un signe, d’un sens à suivre. C’est fou la quantité d’ordures galactiques que je suis sans cesse amené à retourner avec ma binette. Les jours et les nuits n’ont plus court. Le temps a disparu. Une question – peut-être vaine, comme toute chose - me préoccupe, sans me laisser de repos : Pourquoi avoir commandé une grande théière ? La feuille imbibée de ma sueur ne tenait-elle pas dans une théière pour une personne ou dans une tasse d’eau chaude ? 

            Je ne vous vois pas, je vous sens. Mon odorat n’a pas disparu. Je ne transpire plus, quel soulagement ! Je crois que je suis devenu invisible. Déjà que sur cette maudite terrasse on ne me regardait pas, alors imaginez maintenant…Comment vous revoir ?     

 

 

 

 

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Mardi 2 janvier 2007 2 02 /01 /2007 19:42

    J’ai côtoyé l’immonde dans un monde malsain où Dieu s’appelait  patron avec pour apôtres des anges déchus nommés garçons de café. Ces anges de l’absurde, tombés sur Terre avec un plateau à la main, vêtus de blanc comme l’immaculée servitude et de noir comme l’amertume du café, dignes représentant du mensonge, accomplissaient le travail du malin et de l’autre coté du miroir des êtres flous, des clients en quête non pas d’absolu mais de routine, entraient et sortaient du bar, une sorte d’église où tout le monde communiait devant votre serviteur, debout, face au comptoir, avec un verre, une tasse, et tout cela, je vous le dis, n’avait aucun sens. Amen .

 

 

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Mercredi 3 janvier 2007 3 03 /01 /2007 22:40

"Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison."  Mémoires de guerre, De Gaulle. 

Moi, monsieur Paul, au nom de personne, à l'instar du Général, j'assume par cet appel du 3 janvier 2007, le renouveau de la confrérie des garçons de café plongés depuis toujours dans la nullité, l'abétissement, la bassesse, la collaboration et la servitude. De par les pouvoirs exceptionnels que je m'octroie - et qui ne coûtent pas grand chose - je convie tous les Français, où qu'il se trouvent à s'unir à moi dans l'action, dans le sacrifice et dans l'espérance. Nos cafés sont en péril de mort. Luttons tous pour les sauver! Vive la France! Monsieur Paul. Quartier Général, Paris.

  

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Vendredi 5 janvier 2007 5 05 /01 /2007 23:31

Entracte-entrecôte

 Un. - Un garçon de café devient fou. Toutes les entrecôtes qu’il apporte à ses clients se mettent à se tordre de douleur dans leurs assiettes en suppliant le serveur de les épargner. Et il est seul, terriblement seul, car sa conscience le convainc de ne rien répéter à ses collègues, à son patron, aux clients. De ne pas leur avouer que la bidoche est vivante ! En train d’agoniser lamentablement entre des haricots verts,  moitié cuits, moitié pourris, d’origine péruvienne.

 

Deux. - Un serveur apporte une entrecôte à une femme mystérieuse - mystérieuse car elle n’a pas de téléphone portable à portée de main, à moins qu’elle le cache entre ses cuisses - et alors, alors elle prend le morceau de viande avec sa main gauche et se l’applique contre l’oreille, en rejetant avec un air de star – Catherine Deneuve, bien retapée, serait parfaite pour le rôle - ses cheveux en arrière, et dit « Allo ? » en appliquant ses lèvres recouvert d’un rouge écarlate contre la bidoche  et se met spontanément à pleurer devant le garçon de café car à l’autre bout du fil, son amant saigne. Il vient de se couper son sexe avant de mourir étouffé - on line - en avalant un morceau de travers devant l’écran de son ordinateur portable.

-       Ne pleurez pas madame, je suis là dit le garçon de café.

-       Qui ça ? demande la femme mystérieuse (Catherine Deneuve, donc) en regardant avec répulsion le type, accoutré d’un gilet noir dégueulasse et d’un tablier blanc crasseux, qui se tient  devant elle.

-       Moi, madame ! Ne vous fiez pas aux apparences, sous mon costume, je vis !

-       Vous !

-       Oui, moi madame répond fièrement le loufiat qui se sent devenir transparent (cf : The servant de Losey avec l’extraordinaire Dirk Bogarde).

Profitant de son invisibilité, il introduit sa main entre les cuisses de la femme et en conclut après l’avoir retiré, que définitivement, cette femme est un mystère. Pas de portable entre les jarrets.

 Trois.- À quatre pattes, au risque d’abîmer ses bas - c’est devenu assez rare pour le préciser - dans un restaurant, la Brasserie Lipp peut-être, sous une banquette, une femme cherche une entrecôte. Elle réussit à l’extirper délicatement entre la deuxième et troisième côte d’un vieux monsieur qui interpelle le garçon :

 

-      Garçon, un autre verre et fermez cette porte sinon je vais attraper froid.

Le garçon sert un autre Saint-Amour au vieux con et lui répond poliment que la porte est fermée.

-       Comme c’est étrange, j’ai froid dans le dos.

-       Je vous suggère de vous rapprocher du chauffage, monsieur propose le loufiat, exemple parfait d’hypocrisie et de bassesse humaine.

Le vieux con s’exécute et change de table.

-      Oh ! Mais vous avez un trou ! s’exclame l’auvergnat qui se tient comme tous les êtres dépourvus d’imagination, derrière le comptoir et devant la caisse, au milieu de nul part.

-      Au cul, comme tout le monde répond calmement le vieux con, sans prêter attention à l’homme tronc, en continuant les mots croisés du Parisien qui sont entre nous du niveau d’un débile profond, de ceux qui vont au boulot tous les jours.

-       Mais… Monsieur … ! Votre dos ! Là, on vous a retiré un morceau !

Le vieux con passe machinalement sa main dans le dos et sent un trou béat.  

-       Ah ! la salope, elle m’a tirée mon pognon ! s’écrie t-il.

-     Mais qui ? semblent demander tous les clients silencieux qui se passionnent spontanément pour n’importe quoi (en 2007, à Saint Germain des prés, le prix du mètre carré n’a d’équivalent que l’ennui que l’on y respire).

-      Une poule de luxe que j’ai levé et qui, profitant de cet état léthargique qui suit toute éjaculation chez l’homme - personnellement je ne ronfle pas - a dérobé le coffre-fort qu’un habile chirurgien avait installé dans une cavité de mon corps suite à la perforation de mon thorax par un obus de 40.

-       Permettez-moi de vous interroger sur le contenu de votre coffre fort ? demande l’homme tronc, intéressé par tout ce qui rime avec or.

-       Mon déjeuner.

-       Votre quoi ? qui dit l’homme tronc.

-       Bein, mon entrecôte. J’utilise mon coffre fort à l’occasion comme garde manger. Enfin, elle ne m’a pas fait les poches de mes couilles.

-       Encore un obus ? demande poliment le loufiat, qui se tient droit comme un manche à balais, parallèle évident avec la lavette horizontal qu’il est.

-       Mais non, mon vieux, sinon je serais mort depuis belle lurette. Pendant la guerre, un sergent passablement éméché a fait avaler une grenade à un clébard ; ce con n’a rien trouvé de mieux que de me péter entre les jambes et de me crever mes deux couilles. A la guerre comme à la guerre, j’ai dû les recoudre avec du fil nylon. Depuis je les utilise comme porte monnaie sans pour autant avoir de problème érectile. Tenez, garçon, apportez-moi un autre Saint-Amour et une entrecôte saignante.

 

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Jeudi 11 janvier 2007 4 11 /01 /2007 01:39


Table 115. Un couple.
Elle : Où étais-tu le 12 avril ?
Lui, d’un air fâché : Je m’en souviens pas.

 
Table 112. Deux jeunes révisent leur cours.
Le boutonneux, à son copain : Connais-tu la différence entre universabilité et irréversibilité ?

L'autre: Non, et toi?

 
Table 115. Suite et fin. Il s’en va. Elle pleure devant son café allongé.

 
Table 109. Une femme. Avec de gros seins, on ne voit rien d’autre. Il n’y a pas de dialogue car elle est seule. J’imagine vaguement ses soupirs si elle daignait accepter mon invitation silencieuse. Elle ne dit rien. Elle ne me voit même pas. A défaut de mieux, je me contente de la servir. C’est fou ce que je sers comme café allongé aujourd’hui.

 

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Vendredi 12 janvier 2007 5 12 /01 /2007 20:05
Cette femme révéle au docteur Spoke, son mari, qu'elle veut un garçon de café plutôt qu 'un voyage sur Crab Nebula ou Alpha Centuri, en effet les femmes ont de tout temps été attirés par l'uniforme. Il faut reconnaitre que le costume noir et blanc des garçons de café est prestigieux, surtout quand son porteur merdophage arbore des médailles de gros rouge, exhibe sa crasse  vérolesque et exhale une insupportable puanteur de laxatif bistrotier. On comprendra, pour abréger le portrait, que le garçon des café suscite bien des phantasmes.
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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /2007 15:55
Un phénomène inquiétant a été aperçu dans le ciel de Toul dans la soirée du 13 janvier 2007. Une pluie de garçons de café, vétus de grotesques guenilles évocant l'accoutrement non moins ridicule de philosophes grecs qui, malgré le raffinement exquis de leur culture et la finesse de leurs pensées, n'ont pu empécher au cours des millénaires suivants la guerre, l'horreur, l'injustice, la souffrance, bref, la saloperie humaine, donc, en gros, cet averse de grêle garçonesque travestie en usurpateurs gréco-romaines tombait dans le ciel gris du département de la Meurthe et Moselle et les habitants du coin observaient cette possible manifestation anticipée de la fin du monde d'un oeil morne, l'autre rivé sur la télévision. On sait, de source sûre, que madame Vauban a dit ce soir-là à son mari, en fermant les volets de son pavillon de merde "Tiens, il pleut des garçons de café vétus de sacs de patates", lequel mari, accoudé à sa table révétu d'une toile cirée, à boire son ennui, s'est contenté de dire "Ferme la fenétre, il fait froid". 
Les premiers habitants de cette région étaient les Leuques, des fois, pour passer le temps, ils se bagarraient avec des gourdins pour réduire en bouillie la tête de leurs voisins, les Médiomatriques ou bien encore celles des Lingons ou des Sénéques (à ne pas confondre avec Sénèque, le philosophe, qui mourût fort courageusement en s'ouvrant les veines). La légende prétend que Jules César, en route vers la Germanie, serait descendu de cheval dans les parages de Toul, non loin de la ligne actuelle du TGV, pour faire ses besoins, suite à une chiasse carabinée, mais était-il vraiment malade ce jour-là ? Ne faisait t-il pas un peu la comédie ? Les archives historique de la ville de Toul restent flous sur ce détail qui, entre nous, est sans importance.
Les habitants de Toul sont les Toulois. La moyenne local du malheur par habitant est à l'échelle du niveau national.

Par Professeur André - Publié dans : Monsieur Paul
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Vendredi 19 janvier 2007 5 19 /01 /2007 15:49
         La guerre commença au mois de janvier de l'année en cours, dans le 7ème arrondissement de Paris, entre le café-brasserie-restaurant du Rond-point et le bar-tabac-PMU du Carrefour. Les deux bars, séparés par la rue du Général Boulanger, se faisaient face. Les employés du Rond-point avaient, jusqu'à ce mois fatidique, des relations fort courtoises avec ceux du Carrefour. Il leur arrivait même de trinquer ensemble au bar de La Diagonale.

    Les grandes années où les clients affluaient et dépensaient leur argent sans compter n’étaient plus qu’un lointain souvenir. Les deux cafés avaient leur clientèle respective, leurs habitués et les gens de passage entraient indistinctement dans les deux bars.  Qui aurait pu imaginer  qu'un  conflit d'une rare violence  allait éclater entre les deux cafés ?  Personne.

    Le premier incident survint un lundi, à midi pile. Monsieur Bernard Lafond, habitué des deux cafés - il achetait ses Gauloises et buvait son kir au Carrefour et déjeunait de temps à autre au Rond-point – s’engagea sur le passage-piéton qui séparait les deux bars. Maurice, garçon de café au Carrefour,  voyant traverser monsieur Bernard Lafond, sortit du bar pour le saluer et tuer le temps. Léonid, garçon de café au Rond-point, désœuvré, fatigué de regarder un couple de mouche virevoltée au cours d’un long ballet absurde sur la vitre de la porte d’entrée, fit de même.

-          Bonjour, monsieur Lafond lança Maurice.

-          Bonjour, monsieur Lafond dit au même moment Léonid.

    Monsieur Lafond entendit les deux appels et se trouva totalement désemparé. A qui répondre en premier ? pensa t-il alors qu’il se trouvait immobilisé au milieu de la rue. L’autobus articulé de la ligne 99 qui venait de la rue adjacente répondit pour lui à travers un coup de frein strident mais légèrement tardif. Un « Kropffeepsciiichttt » incompréhensible s’échappa du corps de monsieur Bernard Lafond quand l’autobus de la ligne 99 lui roula dessus. Lafond devint ainsi la première victime officielle de cette guerre entre les deux cafés qui commença suite à la mort malencontreuse de ce pauvre fumeur de Gauloises. Les deux cafés se renvoyèrent sur le dos la perte de l’habitué. Le lendemain même les hostilités commencèrent après qu’un client hésitant entre les deux cafés se retrouve littéralement écartelé par les garçons de café rivaux qui tirèrent de toutes leurs forces sur les deux bras du client pour le faire entrer dans leurs cafés respectifs. Chacune des parties opposées emmenèrent la partie, le bras en l’occurrence, comme un trophée symbolisant la victoire sur le concurrent d’en face. Quant au client, dépourvu d’appétit et de bras, il courut rapidement à l’hôpital Tenon se faire une greffe d’urgence. Aux dernières nouvelles il va mieux, même s’il a dû mal à s’habituer à ces nouveaux bras provenant d’un nain roumain suicidé par sa femme à barbe.

    La haine devint la nouvelle stratégie des deux bars pour garder le haut du pavé. Malheur au client qui s’aventurait sur le passage piéton pour entrer chez l’ennemi ! Les garçons de café, vêtus pour l’occasion d’uniformes militaires et de casques à pointe, obéissant à leur maréchal-patron, lapidaient, aussi sec, l’intrus avec différents projectiles comme des bouteilles, des fûts de bière, des chaises, des clients aussi, des assiettes, enfin avec tout ce que l’on trouve d’habitude dans un café. Cachés derrière leurs barricades, à l’aide de longs bâtons munis d’un crochet, les garçons de café essayaient de trainer à eux les badauds pour les obliger à consommer chez eux et participer ainsi à l’effort de guerre. Car, bien entendu, la recette baissait. Et les problèmes d’approvisionnement, propres à toute guerre, apparurent rapidement. Le Carrefour perdit son livreur de fruits et légumes suite à la sortie fort courageuse du patron du Rond-point chevauchant un magnifique pur-sang éthiopien qui se lança, sans peur et sans reproche, sur le passage piéton. Que pouvait faire  ce livreur des quatre saisons, armé d'une banane, face à ce gros auvergnat tenant d'une main les rênes de son cheval et de l'autre un hachoir ? Rien, sinon mourir le crâne fendu. La réponse du Carrefour ne se fit pas attendre : le jour de la livraison, le boucher du Rond-point mourut de ses blessures, devant la porte du café, suite à l'explosion d'une cocotte-minute piégée. Pourtant le lendemain, le cuisinier du Rond-point proposait aux rares clients un bœuf bourguignon alors qu’il n’avait pas été livré en viande depuis plus d'une semaine. D’où pouvait provenir ce bœuf ? Mystère. (Priez de laisser un commentaire pour m'aider à écrire la suite).          

Par Commandant Ricardo Franco - Publié dans : Monsieur Paul
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Mercredi 31 janvier 2007 3 31 /01 /2007 16:11
    A l'heure où nous mettons sous presse - virtuelle - la question du prochain référendum n'a toujours pas été formulée mais, déjà, plusieurs figures politiques issues de la gauche et de la droite se sont prononcées : "Cette fois, c'est non ! " ont-ils dit en substance.
    Pour sauter du coq à l'âne - entre nous, je vous conseille de ne pas le faire, contentez-vous de votre partenaire habituel, c'est moins risqué - plus que jamais, il faut nous mobiliser. Pour ceux qui le sont déjà, je demande :
     - Encore un effort, Français !
Et pour les autres, je le redis :
     - Mobilisons-nous !
    Et pourquoi ? crus-je entendre, à moins que non. Mobilisons-nous donc, pour exiger la libération d'un garçon de café nommé Gustave André retenu en otage depuis 1943 dans la ville de Clermont-ferrand par la Milice ou un service équivalent. Trop c'est trop, il faut le libérer. En espagnol, on dit "Basta, ya ! ". Le problème bien entendu, c'est qu'on ne sait pas où il est et si ces geôliers savent que la guerre des hommes bien qu'infinie est finie, enfin celle là, la deuxième guerre mondiale comme on a coutume de l'appeler.
     L'histoire de Gustave André, garçon de café au Rendez-vous du coin à Clermont-ferrand,  est aussi tragique  que médiocre. Il n'en reste pas moins que, bien que dépourvu de qualités morales et de qualités tout court, Gustave ne mérite pas une si longue captivité. Mobilisons-nous pour exiger de nouveau sa libération immédiate et pour qu'il puisse reprendre une vie normale dans le café où son patron, Louis Pierre, âgé de 118 ans, attend depuis 64 ans le retour de son souffre-douleur. Tout lecteur ayant des informations sur Gustave André ou sur un de ses geôliers est prié de garder le secret. Merci.
Par monsieur Paul - Publié dans : Monsieur Paul
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Samedi 3 février 2007 6 03 /02 /2007 01:17

        Sartre n'a jamais été garçon de café et c'est bien dommage. Mort, son oeuvre, ses pensées demeurent. Il est partout ! Je suis partout aurait pu dire son ancien voisin de table, Robert Brasillach mort fusillé pour tous les flics collabos et autres crapules devenues résistants le temps de chanter un ultime  Maréchal, nous, voilà ! Peut-être qu’un jour de 1942, dans un coin du Flore, notre Sartre descendit de ces hautes réflexions philosophiques pour considérer un truc qui bougeait au ras du sol. Peut-être une blatte, cousine de Joseph K. ? Non. Oh, surprise ! Un garçon de café ! Il dédia un texte de huit lignes à cet orthoptère vertical dont la capacité de ramper tient du prodige. Ecoutons-le :

  « Considérons ce garçon de café. Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d'un pas un peu trop vif, il s'incline avec un peu trop d'empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d'imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d'on ne sait quel automate tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule, en le mettant dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu'il rétablit perpétuellement d'un mouvement léger du bras et de la main.

    Quel talent d’analyste ! Pendant que monsieur écrit, le cul posé sur une banquette en cuir, l’autre cavale en salle avec son air con et pose d’un geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, en s’inclinant avec un peu trop d’empressement, ses yeux exprimant un intérêt un peu trop plein de sollicitude, son vit sur l’épaule d’une octogénaire en lui disant « Madame désire ? ». Après il s’essuie. Pour le style, c’est  dommage que Rebatet, l’illustre et ténébreux auteur des Deux étendards, ne lui ait pas donné quelques cours.

    Roquentin, animé par son créateur bigleux, aurait-il pu être un garçon de café ? Sûrement. Au café des marronniers, l’homme, tel un garçon de café qui s’enfonce dans l’abjection de la servitude, est cet être, prisonnier de sa destinée, condamné à servir son prochain,  peut-être un client existentialiste de Saint Germain des Prés, contre le prix affiché, service compris, plus tout de même un pourboire si cet enculé de client onaniste n’est pas trop radin. Dans la version initiale de « l’existentialisme est un humanisme » Sartre nous enseigne que la volonté du client précède l’attente du serveur. Fort bien. Plus loin, il écrit : « L’origine de l’angoisse existentielle du patron de café se puise dans sa désorientation face à l’absence de clients en salle ». Son éditeur lui ayant dit « Jean-Paul, arrête de déconner », notre Sartre national prît la décision de ne plus picoler dans des rades pourris et se contenta d’une tasse de café pour écrire des choses, vues de l’extérieur et de la terrasse du Flore, bien moins marrantes pour la classe ouvrière, qui de toute façon ne lit pas Sartre ni l’humanité. Je me demande comment vit ce journal, si personne ne le lit plus. Même chose pour la classe ouvrière dont le seul intérêt reste les vieilles éditions Maspero désormais introuvables.

    J’aurais quand même bien voulu lui renverser – accidentellement, pour ne pas perdre ma place - mon plateau sur la gueule pour lui montrer mon manque d’équilibre et démontrer ainsi que le garçon de café n’est pas un funambule pas même un clown, juste un pauvre con, triste, seul et souvent alcoolique, avec un Monsieur Loyal d’origine auvergnate qui lui donne des coups de pieds au cul pour que le spectacle continue à la gloire de sa prestigieuse clientèle et surtout, de son tiroir caisse. Il convient de préciser que la nouvelle génération de garçons de café boit moins, elle se drogue pour compenser.

Par monsieur Paul - Publié dans : Monsieur Paul
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