Lundi 21 janvier 2008
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Ce garçon de café souffrait. Soit. Mais il souffrait d'une manière particulièrement désagréable pour la clientéle
en rampant du comptoir jusqu'à la table du client pour apporter la boisson commandée, des plats n'en parlons pas, il en foutait la moitié par terre. Les clients en avaient marre de voir ce
spectacle éprouvant pour des personnes qui rampaient du matin jusqu'au soir, de leur maison à leur bureau, de leur femme à leur phantasme, de la vie à la mort. Un matin, une femme, n'en pouvant
plus de voir un être humain dans une telle posture, lui dit :
- Enfin, que diable ! Relevez-vous !
- Mais, madame répondit le garçon, c'est que je bande terriblement !
Par monsieur Paul
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Samedi 10 novembre 2007
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00:37
Un client n'a jamais été roi, c'est une incongruité de dire cela, pour la simple raison qu'aucun roi n'a jamais été client mais patron si, et
même d'un royaume. Même que l'un d'entre eux, Louis le Pieux, dit un jour :
- Mon royaume pour un cheval !
Comme il n'y avait pas de cheval dans les parages, on lui apporta un garçon de café qui passait par la forêt au même moment. Le roi l'enfourcha.
- En avant lui dit-il. Le garçon de café obéit, comme il se doit, et le transporta à travers monts et merveilles pour le déposer en fin de compte, gare de Lyon, à la
brasserie de l'Européen où le roi mangea une moule frite accompagné d'un verre de sauvignon.
- Le client est roi dit-il en rotant. Le garçon de café approuva d'un mouvement de tête, que pouvait-il faire d'autre ? Ce client n'était-il pas un vrai roi et lui, un vrai con
?
Par monsieur Paul
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Dimanche 30 septembre 2007
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Le type, assis depuis plus d'une heure devant une tasse de café qu'il n'avait pas touché, se leva et d'un geste sûr lança au milieu de la
salle un sac, normalement utilisé pour le transport de patates, rempli d'additions de café et de restaurants qu'il n'avait jamais réglé.
Les quelques clients, appelés également des "habitués", recroquevillés sur eux-mêmes avec un penchant certain pour l'ennui et un faible pour l'absence totale
d'imagination, en transit dans ce café, tous les jours de la semaine excepté le samedi, le dimanche, les jours fériés, les vacances, les congés maladies et puis bien sûr le jour de la mort -
cette grande salope qui empêche les gens de continuer à travailler - pour prendre leur petit déjeuner et en attente de déplier leur médiocrité dans de confortables bureaux, n'osérent lever le
regard de leur table de peur peut-être de prendre un sac dans la gueule. Quand ils entendirent la porte du café se refermer derrière l'homme au sac qui partit sans payer sa consommation, ils
poussérent un soupir de soulagement et, au moins pour l'un d'entre eux, un Directeur des Ressources Humaines, un pet étouffé entre les deux fesses poilues de la personne concernée pour éviter
d'attirer l'attention des autres consommateurs. Cette même personne, le DRH, maintenant sûr que son vent rectal n'avait pas éveillé d'éventuels soupçons de la part de ses voisins de table, se
leva de sa chaise et, en empoignant sa sacoche de travail, s'addressa à sa collégue de bureau avec qui il prenait réguliérement un café en rêvant de la culbuter dans le parking de la société -son
imagination s'arrêtait là, au sous-sol - et lui dit :
- Cet homme est un célèbre resquilleur.
Elle pensa "Tiens, un skieur a cette heure-ci, c'est rare". Elle jeta un regard discret sur la braguette protubérante du DRH en rêvant de se faire sauter sur le toit de l'immeuble de la
compagnie. Leur timidité était un obstacle et le niveau de leur phantasme aussi.
Par monsieur Paul
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Mercredi 5 septembre 2007
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Comme chaque année, pour la rentrée littéraire de septembre, le prix du café Balto a été remis à minuit samedi dernier au
milieu de vomissure d'origine variée. Les membres du jury , Monsieur Pierre, sa femme et Raoul leur employé, après avoir bu une dizaine de kirs, vidé quatre bouteille de gigondas, un
magnum de champagne et s'être envoyé quelques armagnac dans le gosier ont décidé d'attribuer le prix Balto à l'auteur anonyme du bottin annuaire parisien (pages jaunes de A à M) pour
sa profonde connaissance de la nature humaine et de ses services à visée humaniste.
Par monsieur Paul
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Mardi 31 juillet 2007
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- Plus j'avance, plus je cherche mes mots. Plus je cherche mes mots moins je te trouve. Je n'arrive pas à mettre les mots qu'il convient dans les phrases
que je m'efforce de construire pour te suivre sur ton chemin. Je bouge de moins en moins, mes pensées sont comme, comment dirais-je, paralysés. Tu me suis ?
- Pas vraiment... répondit Lucien à l'habitué.
- Tu vois...
- Non, je vois pas répondit Lucien, impassible, en essuyant ses verres avec un torchon sale.
- Enfin, laisse-moi continuer, plus je lui parlais, plus elle semblait distante. Au fur et à mesure que je parlais, ellle s'éloignait de moi...
- ...Jusqu'à atteindre la porte et s'en aller continua Lucien. Ta copine, elle est partie il y a plus d'une heure et tu vas me casser les couilles longtemps avec
tes conneries. Et puis je ferme, payes-moi tes consommations et va te pendre ailleurs.
Par monsieur Paul
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Samedi 21 juillet 2007
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00:24
- Alors tu pars ? demanda Raoul, garçon de café au Balto, à son collégue.
- Ouais, et toi ?
- Moi, aussi.
Alors ils partirent.
Par monsieur Paul
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Mardi 3 juillet 2007
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17:53
Ensemble, ils étaient partis à la conquête de la France. François Borland et Sacrolaine Roihalle ont pourtant dû accepter ce qui sautait aux yeux : ils ne pouvaient plus se voir et durent
se séparer après vingt ans de vie commune. Et pourtant quel chemin accompli ! Partis de rien pour arriver nul part ! Lui, Borland, débuta comme garçon de café avant de se mettre à son compte en
achetant une petite affaire rue Solférino, à Paris, et elle, Roihalle, commença comme serveuse après être sorti de la prestigieuse école ENAR (Ecole Nationale des Admis à travailler dans la
Restauration) et fût embauchée au restaurant Chez François dans le 8ème arrondissement parisien avant de devenir gérante de l'établissement pour on ne sait quel raison car il faut le dire, elle
était nulle. Ni aimable, ni efficace, ni rapide, ni intelligente elle forma avec Borland, ce bon gros garçon joufflu, un couple idéal. Ensemble, ils ouvrirent leur premier restaurant puis cinq
ans après, un deuxième et un troisième... Le succés de leur réussite tenait à faire passer du surgelé pour du frais et à prendre les gens pour des cons. Et ça marchait ! Les clients n'y voyaient
que du feu, ils n'avaient pas de palais de toute façon. Pauvre France ! Ils pensérent alors créer une franchise pour devenir un puissant groupe de la restauration traditionnelle française. Leur
premier déboire vint du guide Machelin qui se rendit compte de la supercherie après leur avoir accordé durant cinq ans trois étoiles pour leur restaurant Chez Jaurés à Courbevoie. Et pour cause !
Le jour de la venue de Pierre Machelin, le créateur du guide et l'inventeur des chaussures à crampons pour garçons de cafés, un serveur passablement éméché apporta en effet le Tournedos Bellini,
une soi-disante spécialité de la maison, dans son emballage aluminium d'origine indiquant également la provenance, la Chine, bien entendu. Le vin, lui, ne l'était pas chinois, mais roumain
si. Bon, bref, Machelin alerta la presse, les clients désertérent leurs restaurants, et la semaine suivante, Roihalle, à moitié saoule, perdit au poker une forte somme d'argent. Borland,
quant à lui, se fit surprendre par sa femme en train de sauter une jeune serveuse d'origine banlieusarde à qui il avait promis un sac Louis Buitton pour qu'elle joue les grandes dames qu'elle
servait par ailleurs toute la journée. Puis vinrent les hostilités entre eux deux, les emmerdes, lui baisant à droite, à gauche, et elle perdant au change comme au figuré et au casino aussi.
Alors ils se séparérent et eurent droit à un article dans France-soir - si, si, ça existe encore - pour une sombre histoire de fait divers. D'un cendrier lancée dans la gueule de Sacrolaine,
quelque chose comme ça.
Par monsieur Henri Kohainne
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Dimanche 24 juin 2007
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21:08
Il s’appelait Jean-Marc mais ses copains de bistrot l’appelaient Jean-Malt à cause de sa prédilection pour le malt 10 ans d’âge, de préférence indien et
non pas irlandais. Une incongruité ? Non. Le pur-malt indien faisait 65°, à côté le pur-malt irlandais, c’était pour les PD, pas pour les hommes, les vrais comme Jean-Malt. Engagé dans la
légion étrangère à 30 ans, suite à l’assassinat à mains nus du chien de son voisin, il devint, à défaut de mieux, après six ans sous les drapeaux, garçon de café pour subvenir à ses besoins en
malt indien.
Il essaya en vain, à sa sortie de la légion, de créer une entreprise, un centre de relaxation de Shiotsu à Limoges.
Mais sa tentative d’imposer le Shiotsu, une technique révolutionnaire de relaxation orientale consistant à une méditation en position du lotus sur les lunettes des toilettes en se donnant du
plaisir mentalement et cela sans se caresser, s’avéra un échec total. Force est de constater que les rares adeptes limousins du Shiotsu ne réussirent à extirper de leurs corps que quelques étrons
qui leur procurèrent un certain soulagement mais aucun orgasme digne de ce nom. Après quelques mois d’efforts désespérés pour contracter de nouveaux membres, il se rappela les conseils de son
maitre, un légionnaire chinois originaire de Belleville, qui lui enseigna le Shiotsu en contrepartie de quelques faveurs physiques dont l’indécence ne peut être ici mentionnée : « Chier
n’est pas jouer ». Alors il abandonna la partie, déposa le bilan et rejoignit la cohorte de garçons de café désespérés à Paris, capitale nationale du Judo, et pour cause, bande de cons,
Paris est la capitale de la France.
Ses soirs d’ivresses, six nuits par semaine – le septième, il s’abstenait de se saouler à mort car il travaillait le dimanche de nuit – il entrait dans une crise alcoolique
monothématique où la nostalgie du Shiotsu, au bout du vingtième pur malt, issu du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, lui déchirait les entrailles provoquant une descente de son gros intestin à
son rectum, le long de son côlon, de minuscules étrons, dignes des calculs rénaux dont il était également affligé, et cela l’obligeait, bien entendu, à moins de chier
dans son froc, à rejoindre les chiottes turcs du Reinitas, porte de Bagnolet, où il avait ses habitudes, et de s’asseoir en position du lotus, par terre, au dessus du trou, à défaut de lunettes,
de lunettes non pas de vue avec une perspective sur le néant de sa vie mais de lunettes propres aux normes occidentales en matière d’hygiène qui tendent à imposer un certain confort pour caguer
mais également pour lire un journal, un livre ou penser à rien, au lieu de ce trou où Jean-Malt maintenant, oubliant la céramique recouverte de couches de merdes
fossilisées, jouissait sans entraves, seul, comme un con, et cela, sans les mains !
-
Ah, les copains, si vous saviez… Le Shiotsu ! disait-il aux poivrots accoudés au zinc du Reinitas quand il ressortait des chiottes.
-
Tu nous fais chier avec ton Shiotsu ! répondait en chœur ses copains.
-
Ahmed, tu nous remets ça enchainait Jean-Malt, revenu de son voyage spirituel bien qu’entaché d'un peu de merde, à l'égal de sa
philosophie de la vie…
Alors le Malt, de nouveau coulait dans son œsophage et le Shiotsu… Ah ! Le Shiotsu, mes amis, si vous saviez…
Par monsieur Henri Kohainne
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Jeudi 14 juin 2007
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17:17
Les douze garçons de café de "Chez Dieu", à Brive la Gaillarde, se retouvérent un après-midi, pieds et mains liés, dans un
fourgon cellulaire. La surprise illuminait leur visage imbécile. Faut dire qu'ils étaient pas fiers de se voir enchainés, certains pleuraient en agitant leurs chaines. Le matin même, la police
secrête reçut une lettre signée d'un mystérieux Joudat signalant les différents trafics de cette bande surnommée les douze potes avec à leur tête un portugais, barman de "Chez Dieu", du nom de
Jésus Da Silva par ailleurs chef d'une mafia ayant pignon sur rue quant aux attributions des postes tant convoités de responsables poubelles des quartiers chic de Brive.
- En vérité, je vous le dis... dit Jésus Da Silva.
- Ta gueule l'interrompit Pierre Clind, un chef de rang, tu nous a foutu dans la merde.
- C'est vrai, Jésus, on est bien avancé maintenant ajouta David Koheine, un limonadier, en pleurnichant.
Le fourgon cellulaire s'arrêta en haut d'une colline, à la sortie de Brive, et les romains firent sortir les garçons de café du camion en leur donnant des coups de pied au cul.
Les douze potes furent pendus à des poteaux télégraphiques et, manquant de corde, le dénommé Jésus fût gracié. Comme quoi il y a une justice sur terre. Pleurant de joie et baisant le cul d'un de
ses bourreaux, il demanda de rejoindre illico presto le rang des légionnaires. Sa demande fût acceptée.
nti_bug_fck
Par monsieur Henri Kohainne
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Vendredi 1 juin 2007
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09:46
C’était une fête et elle s’annonçait ratée avant d’avoir commencée. Et pour cause. Trois garçons de café alcooliques, bêtes
et méchants, dévorés par la solitude, décidèrent de solutionner leur inexorable claustration mentale qui les maintenait hors de la société, bien que travaillant dans un lieu social par
excellence, un café, et donc, ces trois têtes de con ne trouvèrent rien de mieux que d’organiser une fête pour faire comme tout le monde. Mais ils n’étaient pas tout le monde. Ils étaient
pires. Surenchérissant dans le mensonge et la mythomanie propre à cette profession, ils se promirent mutuellement d’inviter une quantité astronomique d’amis et surtout de salopes bien élevées
et bien roulées prêtes à se soumettre à tous les phantasmes de poivrots de comptoir. Ils se préparèrent psychologiquement pour le grand jour, prévu un samedi soir à la salle de fête de
Châteauroux, et arrêtent de se branler pendant une semaine pour être fin prêt. Et il advint ce qui devait arriver : il ne vint personne à leur fête sinon un arabe à moitié bourré qu’ils
expulsèrent manu militari de leur salle de fête. Alors, ils se saoulèrent comme tous les samedis soirs, vomirent un peu plus que d’habitude et le plus jeune des loufiats, pour faire plaisir à
ses collégues, accepta de sucer les deux autres avec la condition sine qua none que ça reste un secret. D’accord répondirent-ils en hoquetant mais la semaine prochaine tu mets des bas s'il te
plait Daniel. Finalement les trois garçons de café devinrent vraiment amis. Et la vie n’était désormais plus si triste à Châteauroux.
Par monsieur Paul
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