Mardi 19 août 2008
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Bien entendu la partie était jouée d'avance. Le garçon s'avança vers la table où avait pris position une nouvelle cliente et lui demanda d'avance
si elle avait les moyens d'avancer. "Bien entendu ! " répondit-elle en reculant sa chaise. "Et pourtant madame, vous reculez !" constata le garçon de café. "Certes, mais je sais où vous voulez
aller" lança t-elle en avançant sa langue sur ses lèvres d'un geste fort provocateur. Et quand ils allérent à la réserve, au sous sol, d'avance ils se doutérent que plus rien ne serait comme
avant. Car d'une manière ou d'une autre ils étaient allés l'un vers l'autre, franchissant les barrières sociales - elle était directrice des ressources humaines chez PPR - et quant elle lui
tendit la main il avança que ses manières étaient démodées et le lui mit dans la bouche pour aller plus vite.
Par monsieur Paul
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Dimanche 16 mars 2008
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12:37
- Dans la ville de Rien, dans le Bas-Rhin, les élections de cette commune de 300 habitants n'étaient d'aucun intérêt et pour cause, il n'y avait
qu'un seul candidat. Ce dernier était sûr de gagner au premier tour les deux cent voix en contrepartie de quoi, amitié rurale oblige, chaque électeur lui offrait un verre soit deux
cent verres pour l'heureux élu, à avaler obligatoirement le soir même au café de Flore, unique bar du village, pour fêter cette victoire incontestable de la démocratie. La tradition
voulait donc que ce soit le plus poivrot du village qui se présente au poste de maire afin de passer l'épreuve du premier tour qui en avait vu plus d'un mourir avant que minuit sonne au clocher
de l'église.
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- Alors tu bois quoi ? demanda un des habitants en se penchant et en serrant la main du nouveau maire qui gisait par terre depuis un moment.
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- Bein, un kir répondit le nouveau maire suite à quoi il s'enfila dans le gosier son quatre-vingt quinzième kir de la soirée en plus des 42 ricard bien servi, 31 demis, 2 gin
fizz, 19 verres de rouge et 6 suze-cassis. Il ne lui restait plus qu'à trinquer avec cinq autres villageois qui avaient voté pour lui. Pour le dernier verre, allongé par terre au milieu
de ses vomissures, il brédouilla à Raymond le patron :
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- Un kir bin rouche abec beaucoup de cassis.
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Mais malheureusement, dans l'état qu'il était le pauvre maire, il fut incapable de boire son verre qui tomba par terre et se brisa.
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-C'est pas grave dit Raymond, on va lui mettre un entonnoir dans la bouche. Et c'est comme ça que le nouveau maire but son deux-centième verre, suite à quoi quelques électeurs
le relevérent tant bien que mal dans l'attente du discours d'intronisation. L'heureux élu , incapable de parler, sortit de la poche de sa veste un papier chiffoné sur lequel un électeur
lût à l'assemblée :
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- Maire de Rien, merde à tous !
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Par monsieur Paul
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Vendredi 8 février 2008
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16:56
Depuis un an, la SLC (Société de Location de Costumes), basée à Nanterre, propose des locations de peau humaine à des tarifs forts compétitifs.
Ainsi, vous pourrez pour 24 heures maximum - il existe un danger au-delà de ce temps de rester coller à cette nouvelle peau - revétir la peau d'un policier, d'une femme au foyer, d'un président
de la République ou encore d'un garçon de café et ressentir toutes les sensations qui accompagnent le port d'une nouvelle enveloppe sociale. En exclusivité pour www.garcondecafe.com nous avons
rencontré André J. Jacaub, 68 ans, qui a tenté l'expérience pour se sentir un autre.
- Alors, Monsieur André J. Jacaub, comment vous sentez-vous après cette expérience ?
- Pas très bien, j'ai mal au cul...
- Enfin, précisez, racontez-nous, revétir la peau de quelqu'un d'autre ! ça doit secouer les entrailles !
- En effet, j'en suis encore malade. J'avais endossé la peau d'un garçon de café alcoolique et depuis j'arrive plus à arrêter de boire.
- Les effets secondaires, peut-être...
- Ouais, c'est ce que m'a dit la SLC. Alors, j'ai recommencé l'expérience et j'ai enfilé la peau d'une prostituée albanaise et bien que l'expérience soit fini depuis une semaine des types
m'appellent pour des passes. Rendez-vous compte, à mon âge ! A 68 ans ! Un mac serbo-croate est venu chez moi et m'a menacé de me tuer si je retourne pas sur le périph faire la putain. Je lui ai
dis "mais enfin je m'appelle André J. Jacaub, qu'est-ce que c'est que ce bordel !". Le yougo, il a dit "T'as pris la peau de la pute, tu la remplaces, et apportes-moi un café". Ce con, il
me prenait aussi pour un garçon de café. Garçon de café et pute, les deux à la fois !
- Et, qu'est-ce que vous avez fait, alors, Monsieur André J.Jacaub ?
- A mon âge, on évite les problèmes, n'est-ce pas, j'ai obéi. Je travaille porte de la Chapelle, tous les soirs et le week-end je bosse dans un restaurant portugais. Avec ce que me laisse
Iovanovic, mon mac, je me suis acheté une télé écran plan. Oh, vous savez, je me plains pas, il me protége bien, c'est comme un manteau...
Par monsieur Paul
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Lundi 21 janvier 2008
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Ce garçon de café souffrait. Soit. Mais il souffrait d'une manière particulièrement désagréable pour la clientéle
en rampant du comptoir jusqu'à la table du client pour apporter la boisson commandée, des plats n'en parlons pas, il en foutait la moitié par terre. Les clients en avaient marre de voir ce
spectacle éprouvant pour des personnes qui rampaient du matin jusqu'au soir, de leur maison à leur bureau, de leur femme à leur phantasme, de la vie à la mort. Un matin, une femme, n'en pouvant
plus de voir un être humain dans une telle posture, lui dit :
- Enfin, que diable ! Relevez-vous !
- Mais, madame répondit le garçon, c'est que je bande terriblement !
Par monsieur Paul
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Samedi 10 novembre 2007
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00:37
Un client n'a jamais été roi, c'est une incongruité de dire cela, pour la simple raison qu'aucun roi n'a jamais été client mais patron si, et
même d'un royaume. Même que l'un d'entre eux, Louis le Pieux, dit un jour :
- Mon royaume pour un cheval !
Comme il n'y avait pas de cheval dans les parages, on lui apporta un garçon de café qui passait par la forêt au même moment. Le roi l'enfourcha.
- En avant lui dit-il. Le garçon de café obéit, comme il se doit, et le transporta à travers monts et merveilles pour le déposer en fin de compte, gare de Lyon, à la
brasserie de l'Européen où le roi mangea une moule frite accompagné d'un verre de sauvignon.
- Le client est roi dit-il en rotant. Le garçon de café approuva d'un mouvement de tête, que pouvait-il faire d'autre ? Ce client n'était-il pas un vrai roi et lui, un vrai con
?
Par monsieur Paul
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Dimanche 30 septembre 2007
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Le type, assis depuis plus d'une heure devant une tasse de café qu'il n'avait pas touché, se leva et d'un geste sûr lança au milieu de la
salle un sac, normalement utilisé pour le transport de patates, rempli d'additions de café et de restaurants qu'il n'avait jamais réglé.
Les quelques clients, appelés également des "habitués", recroquevillés sur eux-mêmes avec un penchant certain pour l'ennui et un faible pour l'absence totale
d'imagination, en transit dans ce café, tous les jours de la semaine excepté le samedi, le dimanche, les jours fériés, les vacances, les congés maladies et puis bien sûr le jour de la mort -
cette grande salope qui empêche les gens de continuer à travailler - pour prendre leur petit déjeuner et en attente de déplier leur médiocrité dans de confortables bureaux, n'osérent lever le
regard de leur table de peur peut-être de prendre un sac dans la gueule. Quand ils entendirent la porte du café se refermer derrière l'homme au sac qui partit sans payer sa consommation, ils
poussérent un soupir de soulagement et, au moins pour l'un d'entre eux, un Directeur des Ressources Humaines, un pet étouffé entre les deux fesses poilues de la personne concernée pour éviter
d'attirer l'attention des autres consommateurs. Cette même personne, le DRH, maintenant sûr que son vent rectal n'avait pas éveillé d'éventuels soupçons de la part de ses voisins de table, se
leva de sa chaise et, en empoignant sa sacoche de travail, s'addressa à sa collégue de bureau avec qui il prenait réguliérement un café en rêvant de la culbuter dans le parking de la société -son
imagination s'arrêtait là, au sous-sol - et lui dit :
- Cet homme est un célèbre resquilleur.
Elle pensa "Tiens, un skieur a cette heure-ci, c'est rare". Elle jeta un regard discret sur la braguette protubérante du DRH en rêvant de se faire sauter sur le toit de l'immeuble de la
compagnie. Leur timidité était un obstacle et le niveau de leur phantasme aussi.
Par monsieur Paul
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Mercredi 5 septembre 2007
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23:41
Comme chaque année, pour la rentrée littéraire de septembre, le prix du café Balto a été remis à minuit samedi dernier au
milieu de vomissure d'origine variée. Les membres du jury , Monsieur Pierre, sa femme et Raoul leur employé, après avoir bu une dizaine de kirs, vidé quatre bouteille de gigondas, un
magnum de champagne et s'être envoyé quelques armagnac dans le gosier ont décidé d'attribuer le prix Balto à l'auteur anonyme du bottin annuaire parisien (pages jaunes de A à M) pour
sa profonde connaissance de la nature humaine et de ses services à visée humaniste.
Par monsieur Paul
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Mardi 31 juillet 2007
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16:28
- Plus j'avance, plus je cherche mes mots. Plus je cherche mes mots moins je te trouve. Je n'arrive pas à mettre les mots qu'il convient dans les phrases
que je m'efforce de construire pour te suivre sur ton chemin. Je bouge de moins en moins, mes pensées sont comme, comment dirais-je, paralysés. Tu me suis ?
- Pas vraiment... répondit Lucien à l'habitué.
- Tu vois...
- Non, je vois pas répondit Lucien, impassible, en essuyant ses verres avec un torchon sale.
- Enfin, laisse-moi continuer, plus je lui parlais, plus elle semblait distante. Au fur et à mesure que je parlais, ellle s'éloignait de moi...
- ...Jusqu'à atteindre la porte et s'en aller continua Lucien. Ta copine, elle est partie il y a plus d'une heure et tu vas me casser les couilles longtemps avec
tes conneries. Et puis je ferme, payes-moi tes consommations et va te pendre ailleurs.
Par monsieur Paul
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Samedi 21 juillet 2007
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00:24
- Alors tu pars ? demanda Raoul, garçon de café au Balto, à son collégue.
- Ouais, et toi ?
- Moi, aussi.
Alors ils partirent.
Par monsieur Paul
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Mardi 3 juillet 2007
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17:53
Ensemble, ils étaient partis à la conquête de la France. François Borland et Sacrolaine Roihalle ont pourtant dû accepter ce qui sautait aux yeux : ils ne pouvaient plus se voir et durent
se séparer après vingt ans de vie commune. Et pourtant quel chemin accompli ! Partis de rien pour arriver nul part ! Lui, Borland, débuta comme garçon de café avant de se mettre à son compte en
achetant une petite affaire rue Solférino, à Paris, et elle, Roihalle, commença comme serveuse après être sorti de la prestigieuse école ENAR (Ecole Nationale des Admis à travailler dans la
Restauration) et fût embauchée au restaurant Chez François dans le 8ème arrondissement parisien avant de devenir gérante de l'établissement pour on ne sait quel raison car il faut le dire, elle
était nulle. Ni aimable, ni efficace, ni rapide, ni intelligente elle forma avec Borland, ce bon gros garçon joufflu, un couple idéal. Ensemble, ils ouvrirent leur premier restaurant puis cinq
ans après, un deuxième et un troisième... Le succés de leur réussite tenait à faire passer du surgelé pour du frais et à prendre les gens pour des cons. Et ça marchait ! Les clients n'y voyaient
que du feu, ils n'avaient pas de palais de toute façon. Pauvre France ! Ils pensérent alors créer une franchise pour devenir un puissant groupe de la restauration traditionnelle française. Leur
premier déboire vint du guide Machelin qui se rendit compte de la supercherie après leur avoir accordé durant cinq ans trois étoiles pour leur restaurant Chez Jaurés à Courbevoie. Et pour cause !
Le jour de la venue de Pierre Machelin, le créateur du guide et l'inventeur des chaussures à crampons pour garçons de cafés, un serveur passablement éméché apporta en effet le Tournedos Bellini,
une soi-disante spécialité de la maison, dans son emballage aluminium d'origine indiquant également la provenance, la Chine, bien entendu. Le vin, lui, ne l'était pas chinois, mais roumain
si. Bon, bref, Machelin alerta la presse, les clients désertérent leurs restaurants, et la semaine suivante, Roihalle, à moitié saoule, perdit au poker une forte somme d'argent. Borland,
quant à lui, se fit surprendre par sa femme en train de sauter une jeune serveuse d'origine banlieusarde à qui il avait promis un sac Louis Buitton pour qu'elle joue les grandes dames qu'elle
servait par ailleurs toute la journée. Puis vinrent les hostilités entre eux deux, les emmerdes, lui baisant à droite, à gauche, et elle perdant au change comme au figuré et au casino aussi.
Alors ils se séparérent et eurent droit à un article dans France-soir - si, si, ça existe encore - pour une sombre histoire de fait divers. D'un cendrier lancée dans la gueule de Sacrolaine,
quelque chose comme ça.
Par monsieur Henri Kohainne
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