- Et combien ça coute de parler à Dieu demanda le client, un employé de la société Vinci.
- Deux euros vingt, seulement.
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Garçons de café, artistes incompris, branleurs en tout genre, les médiocres d'aujourd'hui seront les oubliés de demain ! Ratés de tous bords, unissez-vous !
Le garçon de café évolue dans un espace ouvert au public: le café. Il est, de part sa raison d'être, la personne qui fréquente le plus ce lieu, non pas d'aisances, mais aisé à trouver dans le sens où on trouve au moins un café dans presque chaque rue de la capitale. Quant au lieu d'aisance, il est à l'intérieur du café. Parfois, le garçon de café s'y rend.
Sainte Bibine, patronne des loufiats, pardonnez-nous nos péchés, priez et buvez pour nous !
Voilà. La viande animale n'était plus. Le dernier poulet avait rendu l'âme causant la mort de plus de cinquante personnes qui s'étaient entretués pour le bouffer.L'épreuve de supprimer de votre esprit les idées reçues que l'on vous aura inculqué depuis votre tendre enfance reléve de l'impossible. Enfin presque. En effet - et cet effet est radical - une méthode définitive existe : le suicide.
Pour ceux qui résistent à penser que demain ne sera pas vain, un autre moyen demeure pour rester en vie en attendant la mort : la lobotomie à titre expérimental. Qu'est-ce ? crus-je entendre, et bien voilà... Nous arrivons enfin au coeur du sujet bien qu'il s'agisse de la tête.
Prenez un tire-bouchon - un modèle courant acheté dans une grande surface fera parfaitement l'affaire - enfoncez-le dans la tempe gauche d'un garçon de café, si vous en avez un sous la main sinon essayez sur vous-même, et retirez 500 grammes de cervelle que vous déposerez délicatement dans une casserole en cuivre. Ajoutez un bouquet garni, un verre de xéres, du sel, du poivre et quelques clous de girofle. Portez à ébullition. Si quelques pensées s'échappent de la casserole, étouffez-les en les recouvrant d'un torchon mouillé. Quand vous en avez marre, retirez du feu, c'est prêt. Accompagnez le plat de ce que vous voulez avec une bouteille de Croze-Hermitage. Bon appétit.
Le mot est lancinant. Il virevolte dans ma tête comme une mouche à merde qui ne se lasserait pas de bourdonner dans chaque recoin de mon crâne. Entrecôte. Le mot jaillit avec son implacable fréquence depuis plus d’une heure sans que je réussisse à le chasser ni à expliquer sa présence au milieu de mon insomnie. Entrecôte. Dans l’obscurité de ma chambre, je perçois des ombres figées qui m’évoquent d’imperturbables clients en attente d’être servi. « Je fais ce que je peux » ai-je envie de leur crier, sans m’étonner outre mesure de leur attente fantasmagorique autour de mon lit.
Mes nuits sont hantées par des cauchemars, prolongations de mes interminables journées de douze heures de travail. Ou plus, quand ce foutu boulot l’exige. « Il faut bien servir les clients tant qu’ils sont là, non ? » répète à satiété mon Robespierre. Robespierre, c’est mon patron. Du haut de sa tribune, un comptoir en l’occurrence, il harangue les quelques habitués de foutaises tirés de sa lecture matinale du Figaro.
Un rêve récurrent envahit souvent mes nuits. J’effectue mon service le long d’une terrasse de café distante de plusieurs kilomètres. Le pressentiment que les clients ne soient plus là à mon retour après avoir pris toutes leurs commandes me terrifie. Je souffre en parcourant cette terrasse interminable en pensant que je n’arriverais jamais à sa fin. Mon sentiment d’impuissance est indescriptible quand je reviens, longtemps après, une heure, une éternité, avec mon plateau chargé de boissons, et que je trouve toutes les tables vides. Alors de nouveaux clients arrivent et je lance ma sempiternelle question : « Bonjour, vous désirez ? » en pressentant leur absence à mon retour. Sisyphe chez les loufiats. D’autres fois encore, quand j’ai du mal à m’endormir, il me semble que ma chambre est pleine de clients en attente d’être servi et je n’arrive pas vraiment à me convaincre que leur présence chez moi est impossible. Bien des fois, j’ai perdu ma vigueur érectile pour cette même raison, n’ayant jamais eu le phantasme d’être observé quand je baise, même s’il ne s’agit que de fantômes voyeurs.
Au cours des dix dernières minutes passées au bistrot, peu de temps avant la fermeture, un homme s’interroge sur les dix dernières années de son existence, alors le type commande rapidement au garçon de café les dix derniers verres qu’il boit à la chaine en se demandant si, dans les dix prochaines années à venir, quelque chose viendra interrompre le cours monotone de ces dix derniers verres qu’il a l’habitude de boire dans les dix derniers minutes, peu de temps avant la fermeture, et ce, depuis que dans les dix dernières années de son existence, il s’interroge sur les dix derniers verres à boire, à moins que ce soit sur les dernières années de son existence, alors, alors le type commande rapidement au garçon de café les dix derniers verres qu’il boit à la chaine en se demandant si, dans les dix prochaines années à venir, quelque chose viendra interrompre le cours monotone de ces dix derniers verres qu’il a l’habitude de boire dans les dix derniers minutes, peu de temps avant la fermeture, et ce, depuis que dans les dix dernières années de son existence, il s’interroge sur les dix derniers verres à boire, à moins que ce soit à propos de ces dernières années de son existence, alors, alors, alors, le type commande rapidement au garçon de café les dix derniers verres qu’il boit à la chaine en se demandant si, dans les dix prochaines années à venir, quelque chose viendra interrompre le cours monotone de ces dix derniers verres qu’il a l’habitude de boire dans les dix derniers minutes, peu de temps avant la fermeture, dans un café pourri, et ce, depuis que dans les dix dernières années de son existence, il s’interroge sur les dix derniers verres à vomir, à moins que ce soit, à propopos de ces dernières raclées... à sa résistance à dégueuler, je veux dire existence, alors, alors, alors, alors….
Sartre n'a jamais été garçon de café et c'est bien dommage. Mort, son oeuvre, ses pensées demeurent. Il est partout ! Je suis partout aurait pu dire son ancien voisin de table, Robert Brasillach mort fusillé pour tous les flics collabos et autres crapules devenues résistants le temps de chanter un ultime Maréchal, nous, voilà ! Peut-être qu’un jour de 1942, dans un coin du Flore, notre Sartre descendit de ces hautes réflexions philosophiques pour considérer un truc qui bougeait au ras du sol. Peut-être une blatte, cousine de Joseph K. ? Non. Oh, surprise ! Un garçon de café ! Il dédia un texte de huit lignes à cet orthoptère vertical dont la capacité de ramper tient du prodige. Ecoutons-le :
« Considérons ce garçon de café. Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d'un pas un peu trop vif, il s'incline avec un peu trop d'empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d'imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d'on ne sait quel automate tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule, en le mettant dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu'il rétablit perpétuellement d'un mouvement léger du bras et de la main.
Quel talent d’analyste ! Pendant que monsieur écrit, le cul posé sur une banquette en cuir, l’autre cavale en salle avec son air con et pose d’un geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, en s’inclinant avec un peu trop d’empressement, ses yeux exprimant un intérêt un peu trop plein de sollicitude, son vit sur l’épaule d’une octogénaire en lui disant « Madame désire ? ». Après il s’essuie. Pour le style, c’est dommage que Rebatet, l’illustre et ténébreux auteur des Deux étendards, ne lui ait pas donné quelques cours.
Roquentin, animé par son créateur bigleux, aurait-il pu être un garçon de café ? Sûrement. Au café des marronniers, l’homme, tel un garçon de café qui s’enfonce dans l’abjection de la servitude, est cet être, prisonnier de sa destinée, condamné à servir son prochain, peut-être un client existentialiste de Saint Germain des Prés, contre le prix affiché, service compris, plus tout de même un pourboire si cet enculé de client onaniste n’est pas trop radin. Dans la version initiale de « l’existentialisme est un humanisme » Sartre nous enseigne que la volonté du client précède l’attente du serveur. Fort bien. Plus loin, il écrit : « L’origine de l’angoisse existentielle du patron de café se puise dans sa désorientation face à l’absence de clients en salle ». Son éditeur lui ayant dit « Jean-Paul, arrête de déconner », notre Sartre national prît la décision de ne plus picoler dans des rades pourris et se contenta d’une tasse de café pour écrire des choses, vues de l’extérieur et de la terrasse du Flore, bien moins marrantes pour la classe ouvrière, qui de toute façon ne lit pas Sartre ni l’humanité. Je me demande comment vit ce journal, si personne ne le lit plus. Même chose pour la classe ouvrière dont le seul intérêt reste les vieilles éditions Maspero désormais introuvables.
J’aurais quand même bien voulu lui renverser – accidentellement, pour ne pas perdre ma place - mon plateau sur la gueule pour lui montrer mon manque d’équilibre et démontrer ainsi que le garçon de café n’est pas un funambule pas même un clown, juste un pauvre con, triste, seul et souvent alcoolique, avec un Monsieur Loyal d’origine auvergnate qui lui donne des coups de pieds au cul pour que le spectacle continue à la gloire de sa prestigieuse clientèle et surtout, de son tiroir caisse. Il convient de préciser que la nouvelle génération de garçons de café boit moins, elle se drogue pour compenser.
A l'heure où nous mettons sous presse - virtuelle - la question du prochain référendum n'a toujours pas été formulée mais, déjà, plusieurs figures politiques issues de la gauche et de la droite se sont prononcées : "Cette fois, c'est non ! " ont-ils dit en substance.